contes et proverbes

Conte traditionnel d'Akpassi
Découvrez ce magnifique conte traditionnel, recueilli auprès d’un vieux sage résidant à Akpassi, l'un des arrondissements de la commune de Bantè.
Pour le confort de votre lecture, ce récit a été traduit de la langue Incà vers le français. Très prochainement, vous pourrez retrouver les versions audio et écrites en langue Incà, qui seront publiées respectivement dans nos rubriques « Écouter » et « Lire ».
le chasseur et sa femme

 Conte : Le chasseur et sa femme

Il était une fois, dans un village reculé, un grand chasseur qui vivait paisiblement avec sa famille. Un jour, sa femme, animée par la curiosité, lui demanda : « Quel est donc le secret de ta force et de tes pouvoirs ? »Flatté et confiant, le chasseur commença à lui révéler l'origine de sa puissance, un secret après l'autre. Alors qu'il s'apprêtait à lui confier son tout dernier mystère, sa mère survint subitement et interrompit la conversation en disant d'un ton ferme : « Un homme ne doit jamais dire tout ce qu'il sait, ni tout ce qu'il pense. » Touché par la sagesse de ces paroles, le chasseur se tut et quitta les lieux. Quelques jours plus tard, alors que le chasseur se reposait sur son canapé devant sa case, sa femme s’approcha de lui avec un doux sourire : « Mon tendre époux, accompagne moi aux champs pour cueillir des légumes. Je souhaite te préparer une excellente sauce ce soir. »Heureux de cette attention, le chasseur se leva d'un bond, saisit son équipement et prit le chemin des champs avec elle. Une fois arrivés au milieu des cultures, pendant que le chasseur cherchait les meilleurs légumes, sa femme se transforma soudainement en une bête féroce et gigantesque. Persuadée de connaître tous les secrets de son mari, elle pensait n'en faire qu'une bouchée. Pris de court, le chasseur tenta d'utiliser les pouvoirs qui lui permettaient habituellement d'échapper aux prédateurs, mais en vain : sa femme les contrait tous, les uns après les autres. N'ayant plus d'autre choix, il courut à perdre haleine et grimpa au sommet d'un grand arbre. Devenue un monstre, la femme appela alors tous les animaux de la forêt à la rescousse. Ils encerclèrent le tronc en poussant des cris effroyables. La femme se mit alors à chanter en chœur avec la meute : « * coupons l'arbre, coupons l'arbre pour attraper le chasseur ! * ». Et tous ensemble, ils commencèrent à entailler frénétiquement le bois. Du haut de son refuge, le chasseur, envahi par le désespoir, se mit à fondre en larmes, voyant sa fin approcher. C'est au moment précis où l'arbre vacillait, sur le point de s'écrouler, que les paroles de sa mère résonnèrent dans son esprit : « Un homme ne dit pas tout ce qu'il pense ». Ce souvenir fut une révélation. Il comprit que le dernier secret, celui qu'il n'avait pas eu le temps de révéler, était précisément sa planche de salut !D'un geste vif, le chasseur plongea la main dans sa sacoche et en sortit une petite gourde magique qu'il fracassa contre le sol. En un instant, la gourde se métamorphosa en un puissant cheval ailé. Le chasseur sauta de l'arbre directement sur la selle, et la monture s'élança à une vitesse fulgurante. La meute de prédateurs se lança à sa poursuite, mais aucun ne put rattraper la course du vent. C’est ainsi que le grand chasseur eut la vie sauve.
La morale de cette histoire :
Un homme, pour sa propre sécurité, ne doit jamais révéler l'intégralité de ses secrets à qui que ce soit, pas même à sa propre épouse. La retenue est une arme de préservation

 Contes et légendes Ǹcà

Cette rubrique met en lumière notre patrimoine oral à travers un conte populaire de la tradition Incà, transcrit ici en français.
Ces récits, transmis de génération en génération, constituent de véritables trésors qui véhiculent la sagesse, les valeurs et la philosophie de notre communauté.
lion
Conte : Le Roi des animaux
Il était une fois, en des temps très anciens, un jour où tous les animaux de la terre durent se réunir pour élire leur roi.
Au grand mécontentement du lièvre, qui se trouvait bien plus rusé que quiconque, l'assemblée porta son choix sur le puissant lion. Le jour du couronnement arriva enfin. C'était une cérémonie solennelle où chaque animal devait s'avancer, l'un après l'autre, pour prêter serment de fidélité au nouveau monarque.
Le lièvre, quant à lui, se fit désirer et arriva délibérément en retard. Il portait fièrement sur son épaule un grand sac qui dissimulait une chèvre fraîchement tuée.
Après avoir présenté de brèves excuses pour son retard, le lièvre ouvrit brusquement son sac et en jeta le contenu au sol, juste devant le trône. En découvrant cette viande fraîche, le lion oublia instantanément son rang, sa couronne et sa dignité. Il se jeta goulûment sur la carcasse et la dévora avec sauvagerie, tachant de sang et de graisse ses magnifiques habits royaux. Devant ce spectacle grotesque, toute l’assemblée éclata d'un rire mémorable. Choqués par ce manque total de retenue, les animaux décidèrent sur-le-champ de détrôner le lion, indigne de la couronne. Impressionnés par la ruse et l'esprit du lièvre, ils le choisirent pour devenir leur nouveau roi.
La morale de cette histoire :
Il faut savoir se respecter soi-même et maîtriser ses bas instincts pour pouvoir mériter et bénéficier du respect des autres. La dignité est le premier attribut d'un chef.
Latortue


Conte : Le Roi et la Tortue

Il était une fois, un roi qui cherchait le meilleur parti pour marier sa fille unique.
Pour trouver l'époux idéal, il convoqua tous les jeunes gens du village et imposa une épreuve redoutable : « Quiconque réussira à piler un sac entier de piment sans éternuer une seule fois obtiendra la main de ma fille. »
Tous les jeunes hommes vigoureux du village défilèrent l'un après l'autre. Ils tentèrent leur chance de toutes leurs forces, mais la poussière piquante du piment les faisait tous éternuer dès les premiers coups de pilon. C’est alors que la tortue, qui passait par là, demanda la raison de ce grand rassemblement. Mis au courant des règles du jeu, le petit animal décida à son tour de relever le défi.
En la voyant s'avancer, tous les jeunes gens éclatèrent de rire et se moquèrent d'elle : « Ce que nous, les hommes grands et forts, n'avons pas pu accomplir, toi, un si petit être, tu prétends pouvoir le faire ? » Sans se démonter, la tortue insista auprès du roi pour tenter sa chance. 
Le roi accepta et la tortue se mit au travail. Elle saisit le pilon et commença à écraser le piment. Rapidement, la gorge piquante et le nez irrité, elle sentit l'envie d'éternuer monter en elle. Pour masquer ses éternuements, la tortue fit preuve d'une incroyable ruse : elle inventa une chanson rythmée par ses propres bruits de nez.
À chaque coup de pilon, elle se mit à chanter à tue-tête : « Le temps du travail a sonné, tchisssan ! Oui, tchisssan ! »
En répétant ce refrain, la tortue profitait du mot « tchisssan » pour éternuer de bon cœur. Fascinée par la mélodie, la foule applaudissait le rythme sans jamais percer le secret de sa ruse.
C’est ainsi que, pas à pas et chanson après chanson, la tortue parvint à vider le sac et à piler tout le piment sans que personne ne s'aperçoive de rien. Fidèle à sa promesse, le roi impressionné lui donna sa fille en mariage, et la tortue devint le gendre du roi.
La morale de cette histoire :
La force brute et la taille ne font pas tout. Là où les plus forts échouent par précipitation, l'intelligence, la patience et la ruse permettent de surmonter les obstacles les plus difficiles.
la fourmie et la colombe
la fourmie et la colombe


Conte : La Fourmi et la Colombe

Il y a très longtemps, une petite fourmi se promenait au bord d’une rivière. Prise de soif, elle se pencha pour boire, mais elle glissa et tomba accidentellement dans l'eau.
Emportée par le courant, la pauvre fourmi se débattait de toutes ses forces, sur le point de se noyer. Perchée sur une branche qui surplombait la rivière, une gentille colombe remarqua la scène et décida de lui venir en aide. Rapidement, elle détacha une feuille d'arbre avec son bec et la laissa tomber dans l'eau, juste à côté de l'insecte. La fourmi se hissa courageusement sur la feuille et s'en servit comme d'un radeau pour regagner la rive, saine et sauve.
Quelques jours plus tard, alors que la fourmi marchait dans les environs, elle aperçut un chasseur. Celui-ci, marchant pieds nus, était en train de viser la colombe avec son arme, prêt à la tuer. N'écoutant que son courage, la fourmi se précipita vers le chasseur et le piqua violemment au talon.
Surpris par la douleur, le chasseur poussa un grand cri et laissa échapper son arme. Alertée par ce bruit soudain, la colombe comprit le danger, s'envola immédiatement et se sauva dans les airs. C'est ainsi que la petite fourmi sauva à son tour la vie de sa bienfaitrice.
La morale de cette histoire :
Aidons-nous les uns les autres, car un bienfait n’est jamais perdu. Même le plus petit d'entre nous peut un jour venir en aide au plus grand.
Art
Conte : Le Berger menteur
Il y a bien longtemps, dans un paisible village, un jeune berger menait chaque jour son troupeau de moutons paître à la lisière d’une sombre forêt.
Un après-midi, pour tromper son ennui et s’amuser, il décida de faire une farce aux villageois. Il se mit à hurler de toutes ses forces : « Au loup ! Au loup ! Un loup est en train de dévorer mon troupeau ! »
Alertés par ses cris de détresse, les habitants du village abandonnèrent leurs travaux. Armés de lances, de bâtons et de gourdins, ils coururent à perdre haleine pour lui porter secours. Arrivés sur place, ils constatèrent qu’il n’y avait point de loup. Le jeune berger, plié en deux, éclata de rire : « Ha ha ha ! Le loup, c'est moi ! Je vous ai bien eus ! » Très mécontents d'avoir été ainsi trompés, les villageois rebroussèrent chemin en grondant.
Quelque temps plus tard, le berger réitéra sa plaisanterie. On entendit à nouveau ses cris résonner dans la vallée : « Au loup ! Au loup ! Venez m'aider ! » Cette fois-ci, persuadés qu'il s'agissait d'une nouvelle farce, les villageois ne bougèrent pas. Pourtant, un vrai loup s’était cette fois réellement jeté sur le troupeau, égorgeant et emportant une grande partie des moutons.
Lorsque le jeune berger revint au village en pleurs et les mains vides, personne n’eut pitié de lui. En guise de leçon, le chef du village lui dit : « C'est le prix de tes actes. Un menteur n'est jamais cru, même lorsqu'il dit la vérité. »
La morale de cette histoire :
Le mensonge est un vilain défaut qu'il faut bannir, même pour plaisanter. À force de mentir, on perd la confiance des autres, et le menteur se retrouve seul et sans secours le jour où il dit la vérité.
torture et éléphant

 

Conte : La lutte de l’éléphant et de la tortue
Autrefois, le monde était bien différent : le soleil brillait sans interruption, il faisait tout le temps jour et la nuit n’existait pas.
Un jour, une violente dispute éclata entre l’éléphant et la tortue. Fou de rage, le gigantesque pachyderme menaça : « Je vais t'écraser et te tuer ! » Effrayée par la taille de son adversaire, la tortue s’enfuit à toute vitesse pour se cacher au milieu des rochers. Refusant de laisser tomber, l'éléphant rassembla toutes les bêtes de la brousse pour entamer une battue générale afin de débusquer la fugitive.
Cependant, la tortue était bien plus rusée que ses poursuivants. Se voyant presque encerclée, elle utilisa sa magie et se mit à gratter frénétiquement le sol, soulevant un immense et épais nuage de poussière pour échapper à ses adversaires. C’est à cet instant précis, alors que la poussière masquait le soleil, que la nuit tomba pour la toute première fois sur la Terre.
Plongés dans une obscurité totale, tous les animaux prirent peur. Même le puissant éléphant, terrifié par ces ténèbres inconnues, regretta sa colère. Ne sachant comment faire revenir la lumière, il envoya le coq en ambassade pour supplier la tortue de leur rendre le soleil.
Le coq s'en alla auprès de la tortue et plaida la cause du royaume animal avec déférence. Touchée par ses supplications, la tortue accepta de dissiper le nuage noir et fit revenir le jour. Cependant, l'équilibre du monde venait de changer à jamais : depuis ce jour, la nuit commença à exister. C'est ainsi que le temps fut partagé, offrant au jour sa période de lumière et à la nuit son temps de repos.
La morale de cette histoire :
Chacun d'entre nous, quelle que soit sa taille, possède ses propres secrets et forces cachées. La violence et l'intimidation ne sont jamais de bonnes solutions pour régler nos différends ; la diplomatie et le respect mutuel sont toujours préférables.
 
la perdrix et le serpent
Conte : Le Serpent et la Perdrix
C’était au cœur de la grande saison sèche. La terre était aride et les animaux devaient parcourir de longues distances pour dénicher de quoi se nourrir.
Comme toutes les autres bêtes, le serpent se rendit dans la forêt en quête de nourriture. Malheureusement pour lui, ce jour-là, les paysans préparaient les cultures et toute la brousse fut soudainement ravagée par un gigantesque feu. Pris au piège, incapable d'avancer ou de reculer, le serpent se vit perdu et se mit à pleurer à chaudes larmes.
Une perdrix, qui guettait tranquillement les insectes dans les parages, entendit ses plaintes désespérées. Écoutant son courage, elle s’envola hardiment et le rejoignit au milieu des flammes. Sans perdre un instant, elle lui cria : « Accroche-toi vite à ma queue ! » Le reptile s'exécuta immédiatement. D'un puissant battement d'ailes, l'oiseau s'éleva dans les airs, arrachant le serpent à cette terrible fournaise.
Lorsqu'ils furent enfin mis en sécurité, loin des flammes, la perdrix se posa et demanda gentiment au serpent de se détacher. Mais le reptile, faisant preuve d'une noirceur absolue, ne voulut rien entendre. Il lui répondit cruellement : « J'ai bien trop faim, je vais t'avaler ! »
Épouvanté et indigné par une telle trahison, l’oiseau reprit brusquement son vol. La perdrix s'éleva haut dans le ciel et revint planer juste au-dessus du brasier ardent. Là, d’un geste sec, elle secoua vigoureusement les plumes de sa queue. Le serpent lâcha prise et retomba directement au milieu des flammes destructrices.
La morale de cette histoire :
Il est très dangereux d'être ingrat. Quiconque répond au bien par le mal finit toujours par être puni par sa propre méchanceté. La reconnaissance est le bouclier de ceux qui sont sauvés.

 

l'élécharger et l'escagot


Conte : L’Escargot et l’Éléphant

Il était une fois, l’éléphant, alors souverain de la brousse, qui convoqua tous les animaux de la savane à un grand rassemblement solennel.
L'ordre royal était strict et sans appel : « Quiconque manquera à ce rendez-vous sera déclaré ennemi du roi ! » Or, le grand jour arrivé, l’escargot manquait à l’appel. Ce n’est que le lendemain qu’il atteignit enfin le lieu de la réunion. Devant faire face à la colère noire et pachydermique de Sa Majesté l’éléphant, le petit animal s'inclina et expliqua humblement :
« Ô grand Roi, j’ai terriblement peiné sur le chemin. Ma petite taille au ras du sol et l'épaisseur des broussailles m’ont empêché de voir loin pour m'orienter. De plus, j’ai perdu énormément de temps à rassembler et emballer toutes mes affaires afin de ne manquer de rien durant ce si long voyage. »Impressionné et sensible à la sincérité de ses arguments, l’éléphant s'apaisa et prononça sa sentence : « Pour t'aider à mieux anticiper ton chemin, tu porteras désormais tes yeux bien haut, au bout de tes cornes. Et pour t'éviter de perdre à nouveau du temps à faire tes bagages, tu voyageras dorénavant avec ta maison solidement fixée sur ton dos. »
La conclusion de cette histoire :
C’est depuis ce jour mémorable que l’escargot porte sa maison sur son dos pour toujours, et ses yeux au bout de ses cornes.
le ciel


Conte : Pourquoi le ciel est-il si loin aujourd'hui ?

Au commencement du monde, le ciel était tout près de la terre, presque à portée de main.
En ce temps-là, les hommes n’avaient pas besoin de cultiver le sol ni de se fatiguer pour trouver de la nourriture. Chaque fois qu’ils ressentaient la faim, il leur suffisait de lever le bras, de couper un morceau de ciel et de le manger. C'était un don du Créateur.
Cependant, les hommes devinrent insouciants. Ils coupaient souvent des morceaux bien plus gros que ce qu’ils pouvaient consommer, et ils jetaient le reste sur les tas d'ordures. Indigné par ce gaspillage, le ciel finit par gronder et prévint les humains : « Si à l’avenir vous ne faites pas attention à ce que je vous donne, je m’en irai très loin d'ici. »
Pendant quelque temps, la population fit attention. Mais les vieilles habitudes revinrent vite, et plus personne ne prêta attention à cet avertissement.
Un jour, une femme particulièrement vorace coupa un énorme morceau de ciel, poussée par une faim démesurée. Elle en mangea autant qu’elle put, mais elle fut bien incapable de le terminer. Épouvantée à l'idée de fâcher le ciel, elle appela son mari à l’aide. Malgré ses efforts, celui-ci ne put pas non plus en venir à bout. Pris de panique, le couple appela le village tout entier à la rescousse. Malheureusement, même avec l'aide de toute la communauté, il resta un grand morceau qu'il fallut se résoudre à jeter sur le tas d'ordures.
Cette fois, la colère du ciel fut terrible. Joignant le geste à sa parole, il s’éleva majestueusement très haut au-dessus de la terre, hors de portée des humains.
La conclusion de cette histoire :
C’est depuis ce jour mémorable que le ciel est devenu si lointain. Privés de sa nourriture gratuite, les hommes furent obligés de cultiver la terre et de travailler dur pour pouvoir vivre.
 
 
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